La Mouche est un film d'horreur et de science-fiction du cinéaste David Crönenberg abordant les sujets de la confusion identitaire et de la métamorphose.
Dans ce travail, nous aborderons les questions philosophiques suivantes :
Comment vivre une transformation physique et s'accepter après ce changement ?
Le progrès peut-il conduire l'homme à sa perte ?
RESUME
Seth Brundle, jeune biologiste, a imaginé et conçu une invention qui « changera la face du monde » : la machine capable de transporter la matière à travers l'espace. A l'époque du tournage du film, la téléportation n'existe pas et n'existe d'ailleurs pas plus aujourd'hui et la manipulation génétique ne connaît pas de progrès. Seth réalise, dans deux cabines différentes, son expérience qui consiste à décomposer la matière se trouvant dans la première cabine et la recomposer dans la deuxième. Il fait tout d'abord deux essais avec ses babouins, dont le premier est un échec, avant de tester le procédé sur lui-même. Mais au cours de l'expérience, une mouche s'introduit dans la machine où se trouve Seth : se produit alors la fusion de Brundle et de la mouche, et le héros va progressivement prendre l'apparence d'un horrible monstre...Dans le film, on assiste à absolument toutes les étapes de la transformation du personnage : cela permet de renforcer l'horreur (qui à mon sens est plus particulièrement présente lors de la deuxième transformation de Seth, au moment où il devient un insecte géant après avoir fusionné avec le télépod et où il perd la parole).
Comment l'humain peut-il vivre une telle transformation ?
L'homme, pour parvenir à son apparence actuelle, a mis des millions d'années. Et cette apparence n'est sans doute pas définitive car elle évolue au fil du temps. En effet, par exemple, les scientifiques attestent que la taille moyenne de l'homme augmente. Ceci constitue une évolution normale mais que dire lorsque la transformation de l'apparence intervient, soit de manière brutale à la suite d'un accident pouvant défigurer, comme la morsure d'un chien ou le bris d'un pare-brise, soit de manière plus insidieuse et progressive, dans le cas d'une maladie ou simplement du vieillissement.
Le film accentue l'angoisse de cette situation : la transformation qui se fait par étapes ressemble plus, dans le cas présent, à une métamorphose telle que celle évoquée dans l'Odyssée lorsque Circé transforme les hommes en pourceaux...L'aspect physique constitue notre personnalité et lorsqu'il est transformé, c'est notre identité toute entière qui est mise en cause. Comment accepter et s'adapter à son nouveau physique ?
Après les moments de panique, d'angoisse et d'horreur, comme le montre le film, notamment au moment où Seth perd ses ongles, il faut réapprendre à se construire une nouvelle identité, voire une nouvelle vie et essayer de s'accepter. Le traumatisme est important et le désir de se soustraire au regard de la société peut être omniprésent. De là, les relations sociales peuvent devenir compliquées et les conséquence psychologiques lourdes.
Comment réussir à s'ouvrir aux autres si on a du mal à s'accepter soi-même ? Puis il faut subir le regard et la réaction de l'entourage. Celui-ci peut-il conserver les mêmes liens et contacts avec une personne dont l'aspect physique n'est plus le même ? Le Film nous montre comment Véronica est tiraillée entre l'amour qu'elle a pour Seth et l'horreur que lui inspire sa transformation.
De même dans « la Métamorphose » de Kafka où Grégor s'est transformé en insecte, sa famille « après avoir tenté tout ce qui était humainement possible », ne le supporte plus : « je ne veux pas, face à ce monstrueux animal, prononcer le nom de mon frère... nous devons tenter de nous en débarrasser.
*****
On verra, à la fin de « la Mouche » que la mort semble être la seule issue possible pour Seth, alors qu'au départ son désir le plus fort était d'apporter un progrès décisif à l'humanité. Peut-on en déduire que le progrès peut conduire à un échec total, voire à une destruction ?
Le progrès est indispensable à la survie de l'homme mais la notion de progrès est-elle indissociable de celle de risque ?
Le chercheur se met parfois en danger lorsqu'il teste ses découvertes sur lui-même. Ces risques liés à la conquête du progrès peuvent être aggravés par l'égoïsme, l'individualisme, l'orgueil et une ambition démesurée du chercheur qui le conduisent parfois à occulter les dangers, aveuglé par son obstination et le seul désir de s'approprier la découverte.
Pour éviter ce risque et pour qu'une invention soit sûre et fiable, elle devrait être le fruit d'un travail collectif et les risques devraient être appréhendés et maîtrisés dès la conception puis à toutes les étapes de la réalisation.
Malgré ces précautions, il reste toujours une incertitude sur la nocivité réelle de nouveaux produits. Citons l'exemple de l'utilisation du téléphone portable qui, selon certaines études peuvent entraîner des tumeurs au cerveau.
Aujourd'hui, chaque être humain est un consommateur de science. Celle-ci ouvre des perspectives à de nouveaux développements, par exemple dans les domaines de la génétique, de l'espace, de l'énergie, de l'informatique, etc. Chacun est conscient des effets bénéfiques du progrès de la science sur la qualité de vie, notamment en matière de santé ; cependant, de nombreuses personnes expriment leurs craintes face aux risques que peuvent entraîner de nouvelles découvertes.